Contes de coeur de Papiguy

Contes de coeur de Papiguy

HAJNA ET MBAYE LE LION

165983_10150957700982390_1124154998_n.jpg
HAJNA et MBAYE LE LION

 

Il y a très très longtemps, au pays de Kalahari, le peuple des Bochimans et les bêtes parlaient ensemble.  Mbaye était un lion solitaire qui vivait une existence tranquille dans la savane proche du désert de Kalahari. Ainsi il n’était pas importuné par les autres lions qui préféraient des territoires plus riches et plus humides.

photo-1428681442774-edb18d834ef0.jpg

Il était en chasse quand il rencontra une toute petite fille perdue dans la savane. Elle errait au hasard. Parfois pleurant. Parfois hurlant « maman » ! Elle était terrorisée par la nuit qui tombait. Ses vêtements en lambeaux avaient une odeur de misère.

PHO2ed27ace-eef6-11e2-947b-ec3dba7f2f41-805x453.jpg

Mbaye, touché par le sort de cette petite fille s’approcha timidement.

« D’où viens-tu petite fille ? Il n’y a pas de village alentour ! Et comment t’appelles-tu ? »

D’une petite voix sanglotante et fragile, elle répondit :

« Je suis Hajna, je suis perdue ! Ma maman, je sais plus où elle est ! J’ai soif !»

Elle tomba sur le sol, en pleurs, sa poitrine secouée de sanglots très forts.

Mbaye bien embarrassé devant tant de tristesse et de désarroi, ne pouvait laisser cette petite fille là. Il se demanda que pouvait faire un vieux lion solitaire comme lui pour aider cette petite fille. Finalement, il se dit qu’il pouvait toujours l’héberger pour une nuit et on verrait bien le lendemain. Il s’allongea près d’Hajna et, du museau, invita la petite fille à monter sur son dos. Hajna s’accrocha de toute ses forces à la crinière de Mbaye, et celui-ci l’emmena jusqu’à la grotte où il vivait. Là, il lui donna à boire, la nourrit, resta près d’elle, la veilla toute la nuit.

 

Le lendemain matin, après lui avoir amené quelques fruits, il s’allongea près d’elle en la regardant manger. Surprise ! Aussitôt les fruits avalés, la petite fille se blottit contre Mbaye, comme si elle ne voulait plus bouger de là. Elle s’accrocha à lui et se rendormit. Aussitôt qu’il esquissait un mouvement pour s’extraire de là, la petite fille s’accrochait encore plus à sa crinière et se serrait plus fort encore contre lui.

 

Plusieurs jours passèrent ainsi. Chaque jour et chaque nuit furent pareils : Hajna restait blottie contre Mbaye, et celui-ci lui murmurait : «  ne t’inquiètes pas ma fille, je suis là ».

Elle répondait invariablement : « oui papa Mbaye, s’il te plaît, ne t’éloignes pas »

 

Puis les jours suivants elle accepta qu’il parte chasser et boire, mais elle, restait terrée dans la grotte en attendant son retour.  Toutes les nuits, quand les chiens de prairie et les chacals se mettaient à hurler, son corps se mettait à trembler et elle se blottissait contre Mbaye et le suppliait de rester avec elle.

 

Durant des années, le lion l’enveloppa de son amour. L’amour de son papa Mbaye et le temps, aidèrent Hajna à ouvrir son cœur, à prendre confiance en elle et en la vie. Elle surmonta ses peurs et devint aussi paisible que Mbaye.

 

Les années avaient passé. Hajna avait douze ans maintenant. Elle bougeait librement dans tout le territoire de son papa lion, et ils faisaient souvent de longues journées  de marche à travers la savane. 

Un de ces jours, où ils s’étaient éloignés plus que d’habitude, ils décidèrent de passer la nuit près d’une forêt d’acacias. Le soir tombait doucement, lorsqu’ils entendirent les tambours et les chants d’une fête d’un village voisin. Ils s’approchèrent du village en restant à l’abri des regards dans la savane. M’Baye reconnût un village San qui venait de s’installer. Comme tous les cueilleurs, ils déménageaient leur campement en suivant les pluies. Hajna sentit son cœur battre très fort.  L’écho des chants, les rythmes des tambours lui étaient familiers. C’était comme si elle les connaissait déjà. Ses yeux se mirent à briller, son corps se tendit de joie et d’enthousiasme. Elle rencontra le regard aimant de papa Mbaye qui lui dit : « Vas, ma fille ! Vas vers ton destin ! »

 

Elle l’embrassa et se dirigea vers le village en courant. Les Sans n’eurent aucun mal à la reconnaître. Ils l’a conduisirent prés

de sa famille. Tout le monde venait l’embrasser et la fête redoubla d’entrain. On lui offrit un grand dîner puis on chanta et dansa autour du feu. Enfin, plus tard dans la soirée, la famille, les voisins, s’assirent pour qu’Hajna raconte ce qui lui était arrivé.

-        Dis Hajna, comment était-il ?

-        Infiniment bon et invincible.

-        T’effrayait-il ?

-        Oh ! non, jamais. Il a veillé sur moi tout le temps.  Il m'a protégé, soigné, aimé; il est mon papa M'baye.  Il est la loyauté et la bonté même. Il m’aime comme je l’aime aussi.

Elle raconta son histoire avec papa Mbaye, le lion, qui lui sauva la vie. Elle raconta comment avait été merveilleux ce papa et comment il l’avait sauvé et élevé. Elle ne tarissait pas d’éloges sur lui.

 

Tout le monde s’extasiait devant une si merveilleuse histoire. Papa Mbaye, caché derrière le tronc d'un acacia proche, écoutait sa fille raconter. Les paroles de son Hajna le remplissaient de fierté. Il en avait les larmes aux yeux.

-        N’avait-il donc aucun défaut ? demanda un villageois.

-        Non !.. enfin si, il en avait un je l’avoue.

-        Lequel, Hajna, dis-nous !

-        Son haleine était épouvantablement puante.

Et tout le monde de rire aux éclats ! Papa  Mbaye baissa le front. Blessé, le cœur fendu,  l’âme défaite, il s’en retourna au désert et ne revînt plus au village.

Le temps passa et la tribu allait de nouveau changer de place. Hajna s’inquiétait.  Où était-il ? Que faisait-il ?

ANIMX122.jpg

 

Un matin, à la levée du jour, elle partit chez lui. Elle trouva papa Mbaye devant sa grotte. Elle était rassurée et tellement contente de le voir. Elle s'attendait à des retrouvailles joyeuses. Mais le lion, distant et froid, la considéra du bout du museau.

-        Ramasses une pierre, ma fille, et frappe mon front avec elle, lui dit-il

-        Quelle idée ! Te frapper, toi, mon père ! Impossible. Je ne peux pas te faire du mal !

-        Je te l’ordonne ! obéis-moi!

 

Désolée, Hajna fit comme voulait le lion Mbaye. Le sang jaillit du front de Mbaye et ruissela.

-        Maintenant soignes-moi, ma fille.

Elle lava la plaie. Puis, elle le pansa tous les matins pendant dix jours. Au dixième jour, Mbaye parla enfin :

-        Ma peau s'est refermée. Rien ne reste du mal subi. Ainsi est le plan physique. La blessure au front se voit et on voit quand elle est guérie. Mais quand la blessure est au cœur, elle ne se voit pas. Quelquefois même, on ne s’est pas rendu compte que l’on a blessé l’être qu’on aime. Quand le cœur est blessé, il met plus de temps à cicatriser et on ne voit pas lorsque la plaie s’est refermée.

Bien plus cruels que les cailloux, sont les mots de l'aimée. Hajna, tu as blessé mon cœur cette fameuse nuit des retrouvailles. Depuis, ma lucidité est voilée par la peine et mon cœur s’est fermé à la douceur. S'il te plaît guéris-moi de la blessure que tes mots ont causée.

 

À ces mots, Hajna explose en sanglots. Elle se rappelle la discussion au coin du feu, les mots maladroits au sujet de l’haleine de Papa Mbaye. Pourtant elle n’avait pas de mauvaises intentions ; juste rire un peu. Elle n’avait pas imaginé que des mots pour rire avaient pu blesser si fortement celui à qui elle devait la vie. Elle regrette. Elle regrette de tout son cœur. C’est vrai, elle a lâchée ces mots sans se rendre compte de leur effet sur son papa. Parce qu’il l’aurait appris un jour ou l’autre. Tout se sait dans la savane. Tout se raconte, se déforme comme les volutes de poussière emportées par le vent du désert.

img534bfe0183630.jpg

Alors elle pleure. Elle pleure de tout son cœur. Ses larmes forment alors une petite rivière de lumière humide qui vient remplir le cœur de papa Mbaye. Les blessures s’effacent alors et laissent place à la douceur de cœur. Papa Mbaye prend sa fille dans ses bras et pleure avec elle en s’excusant d’une leçon si dure.

Comme l’on dit en Arménie, les mots, comme les flèches, une fois lancés, ne reviennent jamais.

Mais un pleur de regret sincère et profond fait renaître la concorde entre les cœurs et se transforme en pleur de joie.

a8f203dd708aae8ec36b0d504796d644_large.jpeg

 

Papiguy de Montpellier

 



01/08/2016
3 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 134 autres membres