Contes de coeur de Papiguy

Contes de coeur de Papiguy

LES TROIS FRERES CANFIELD 5 : LES PREMIERS LOUPS DU GEVAUDAN

Dans les épisodes précédents : Les trois frères Canfield, ont pris le train qui les mène de Montpellier à Marvejols en Lozère. Polo raconta l’amitié avec son chien. Jack raconta comment il avait trouvé la parole d’or. Dany conta comment il avait chassé des soupirs. Et puis il raconta l’histoire des cerfs-volants de la paix qui lui était arrivé à TitSynthe, une petite ville du nord de la France.

« La Bastide, La Bastide ! Tout le monde descend ! Correspondance pour Marvejols, Clermont Ferrand sur le quai n° 2 dans vingt minutes. »

 

Mais dit-moi Dany, Il t’arrive plein d’histoires et tu les racontes mieux que moi qui veut en faire mon métier ! J’adore vos histoires ! J’adore les écouter.

 

Une fois sur le quai de la gare de La Bastide, Dany apostrophe Polo.

  • Polo, pourquoi tu n’es pas parti chez notre tante jacqueline avec Jack ?
  • J’aimais trop la Lozère, la campagne…Et puis, il y avait Constantin, mon chien. Et aussi, j’étais très attaché à Sœur Marie-Madeleine. La quitter c’était comme perdre une deuxième fois ma maman. Alors je suis resté en allant au lycée St Joseph à Marvejols. Et puis il m’est arrivé des aventures tellement incroyables !
  • Extra ! racontes-nous !
  • Non, je ne sais pas si je peux vous raconter… je n’ai jamais raconté à personne…Et puis, vous allez vous moquer de moi…
  • Non, non, c’est promis, nous ne nous moquerons pas.
  • C’est sûr ? Vous me prendrez au sérieux ? C’est un secret que je vais vous révéler !
  • Ne t’inquiète pas. Nous sommes tes frères et nous t’aimons.
  • je ne partage ce bien étrange secret qu’avec Constantin, mon chien. Comme vous n’étiez plus là, j’ai pris l’habitude de raconter les petits ennuis de ma journée à Constantin. Au plus je le faisais, au plus j’ai eu l’impression qu’il m’écoutait vraiment. Mais ce n’est pas tout. Au bout d’un moment je me suis rendu compte qu’il me répondait. Au début c’était avec ses mimiques et le langage de son corps. Mais pas comme vous l’imaginez. Bien sûr, il frétillait, bougeait la queue, aboyait comme tous les chiens. Mais il souriait aussi, sa gueule devenait large en forme de sourire, ses yeux s’allongeaient de tristesse, ou s’arrondissaient d’étonnement, son poil se hérissait de différentes façons. Enfin bref, je comprenais s’il était content pour moi, triste, en colère, curieux, surpris, etc… Là encore vous me dirait que n’importe quel chien exprime avec son corps et ses mimiques les émotions de base que nous connaissons aussi. J’avais, en tout cas, l’impression que mon chien comprenait tout ce que je lui disais et me répondait à sa manière.

 

Toundra et Bialow, les premiers loups du Gévaudan.

 

Un matin de décembre, nous baladions avec Constantin dans une petit forêt, à quelques kilomètres de Serverette, quand nous fûmes alertés par un hululement bizarre. Je n’avais jamais entendu cela. Les poils de Constantin se hérissèrent immédiatement.

Derrière un buisson d’épineux, un très grand loup à la robe noire était empêtré dans un piège. Deux énormes mâchoires de fer étreignaient sa patte avant, ensanglantée. Nous nous approchâmes, mais le loup était très en colère. Il mordit Constantin à l’épaule. Mon chien s’enfuit en couinant. Je lui emboitais le pas, inquiet pour sa blessure. Quelques dizaines de mètres plus loin, une petite rivière ! Je nettoyai la plaie : elle était superficielle. Ouf ! Plus de peur que de mal !

 

Soudain un hurlement plus fort :

  • Ouhouhwaouh ! au secours frères loups ! Ouhouhwaouh ! à l’aide quelqu’un !

Y’a quelqu’un avec le loup ! me dis-je. On s’en va vite Constantin !

Mais contre toute attente, mon chien se met à me pousser du museau vers la direction des hurlements. Il insiste, et insiste encore.

  • Bon ! OK, J’y vais !

Prudemment, j’attachais Constantin à un arbre près de la rivière, et courût jusqu’au lieu du drame.

Le loup à la robe noire se débattait furieusement. Un autre loup à la robe brune tournait autour du loup noir, sans savoir que faire. Soudain le loup noir s’abattit de tout son long, épuisé.

Ils sentirent alors ma présence, et se tournèrent leurs yeux en même temps, vers moi. J’avais les pieds vissés au sol. Mon cœur battait vite.

Sans réfléchir, je me suis mis à quatre pattes, pour leur signifier que je ne cherchais pas à les dominer et pour les surprendre un peu aussi. J’avais lu ça dans un livre de Georges Ivanovitch Gurdjieff. Tous mes sens en éveil, prêt à me faire attaquer par une meute de loups.

  • N’aies pas peur, il n’y a pas de meute, entendis-je soudain.

Je me retournais. Personne. J’étais seul avec les deux loups. Mes neurones s’affolent. J’entends des voix maintenant !

  • Que veux-tu jeune garçon ? Pourquoi reste-tu planté comme ça à quatre pattes ? Les humains marchent sur leur deux pieds arrière !

La voix venait bien de derrière les loups. Celui, à la robe brune, qui était libre, me regardait fixement.

  • Mais répond-lui, Polo ! Tonna une autre voix plus lointaine venant de la rivière.
  • Qui parle ?
  • Va-t’en savoir qui parle… C’est nous bien-sûr.
  • Mais fais quelque chose ! tonna la voix de la rivière.

Pas le temps de réfléchir. Ce loup allait perdre sa patte. Il fallait trouver le moyen d’ouvrir ces mâchoires en fer. Je cherchais deux branches d’arbre suffisamment dures. Les introduire dans les mâchoires pour faire levier. Ce fût long et pénible. Beaucoup d’efforts répétés. Beaucoup de branches cassées. Finalement, le loup pût extraire sa patte meurtrie.

Haletant, je me couchais sur le sol, exténué. Les loups firent la même chose. Se coucher. Trop fatigués.

  • Je suis bien en train de parler avec vous là, ou je rêve ?
  • Tu ne rêves pas. Tu as la capacité de nous comprendre et de communiquer avec nous. Très peu d’êtres humains font cela. Nous te remercions, petit homme. Répondit le loup à la robe marron clair.
  • Vous êtes des vrais loups ? Où est votre meute ?
  • Oui, nous sommes de vrais loups et nous ne sommes que deux. Voici Toundra ma compagne, qui est blessée à la patte et moi, Bialow. Un ami, Gérard, nous a fait venir de Pologne. Nous nous sommes perdus. Cela fait plusieurs jours que nous marchons. Si tu retrouves Gérard, dis-lui que nous allons rester pas trop loin d’ici.
  • C’est promis
  • Excuse-moi auprès de ton ami chien, intervînt la louve à la jolie robe noire. Mais je porte des petits en moi, et me sentir piégée m’a mis en rage. En général, nous considérons les chiens comme des faux-frères, car nous ne voulons pas du commerce des hommes. Nous préférons la liberté et les grands espaces. Mais ton chien est une exception. Dis-lui.

 

Je partis délivrer Constantin, qui frétillait à l’écoute de mon récit et me dit :

  • J’ai entendu parler d’un petit amérindien qui parlait aux animaux lui aussi.
  • Tu parles toi aussi ? Ce ne sont pas des loups savants qui viennent d’un cirque ?
  • Non, ce sont de vrais loups sauvages !
  • Alors c’était toi la voix près de la rivière ? Comment se fait-il que je te comprenne seulement maintenant ?
  • C’est peut-être le choc qui a débloqué ton don. Les chocs peuvent avoir des effets positifs.
  • Les chiens sont vraiment des traitres pour les loups ?
  • Nous sommes de la même famille. Nos choix ont été différents. Choisir c’est être libre. Chaque choix se paye. Ils ont choisi une vie sans contraintes matérielles. Ils la payent par la faim et par la bagarre incessante pour survivre. Nous, chiens avons choisi de nous rapprocher des humains pour apprendre l’humanité. Nous le payons par les humiliations, des situations quelquefois très dures, par le sentiment de se sentir prisonnier parfois, de ne plus pouvoir circuler comme nous le voudrions. Mais notre chance c’est d’avoir un Maître ; c’est un énorme cadeau du ciel. C’est mon choix et j’en suis heureux. Ils ont choisi. Qu’ils soient satisfaits et heureux. Et toi que choisiras-tu pour ta vie ?

 

Nous marchâmes un moment en silence. Ces derniers mots résonnaient en moi comme un écho lointain auquel je n’avais pas de réponses. Ils résonnent toujours en moi dailleurs.

  • En tout cas, je me sens très gêné : j’ai pris ces deux loups perdus pour des bêtes féroces ! Je m’en veux de les avoir mal jugés !
  • T’en vouloir ne sert à rien. Les erreurs ne sont pas des fautes. Les yeux de ton cœur s’étaient fermés. Et tes croyances sur les loups ont provoqués ta peur.
  • Je ne comprends pas…
  • Les sentiments élevés et la pensée constituent l’être humain. Pour cela, ton cœur doit être ouvert. Si ton cœur est ouvert, alors l’amour guidera tes pas et tes choix. Si le cœur est fermé, alors tous les émotions négatives le remplissent et il devient prisonnier de tes croyances intimes. Si ton cœur est ouvert, alors tes yeux verront autre chose que le côté sombre des choses, et surtout tu seras prêt à comprendre et ressentir ce que ressens l’autre.
  • Ouah !... Mais comment on fait ?
  • Accepte qu’une erreur peut se corriger. Tourne ton cœur vers Dieu. Demandes Pardon de ne pas avoir pu garder le cœur ouvert. Prie. Pleure. Implore pour que ton cœur reste ouvert.

 

Puis ce fût le silence jusqu’à Serverette.

 

Je racontais l’histoire des deux loups perdus dans la forêt et sœur Marie Madeleine trouva rapidement leur propriétaire qui habitait à Chastel-Nouvel. Il récupéra Toundra et Bialow et les soigna.

Depuis ils ont eu beaucoup d’enfants et vivent à Ste Lucie.

 

Moi, je pris l’habitude de discuter avec Constantin. Sa vision des choses de la vie m’a beaucoup éclairé.

Plus qu’un compagnon, Constantin était devenu mon ami.

Mon handicap ne m’a pas rendu la vie très facile. Si cela vous intéresse, je pourrais vous parler de nos discussions en rentrant de l’école la prochaine fois ?

 

Papiguy

 



04/11/2017
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