Contes de coeur de Papiguy

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PIERROT LE FAISEUR DE BULLES épisode 1

 

 

 Pierrot le faiseur de bulles.

épisode1 : comment petit pierrot grandit

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 Je  voudrais vous raconter l’histoire incroyable de Pierrot le faiseur de bulles, un homme capable de fabriquer des bulles et de se mettre dedans.

 

Pierrot petit garçon

 

Pierrot petit garçon, avait un père autoritaire et dur. Il n’avait plus sa tendre maman près de lui. Les souvenirs de la présence de sa maman s’étaient effacés. Quand il pensait à elle, une brume amère et nostalgique envahissait son cœur. Elle lui avait laissé une écharpe en soie. Les jours de grande nostalgie, il entourait son cou avec l’écharpe et respirait l’odeur du parfum de chèvrefeuille qu’elle y avait laissé.

Sa belle-mère, revêche et avare, faisait régner un climat aigre et pauvre en sentiments nobles. « Ne mets pas de confiture sur ta tartine ! Tu vas nous ruiner ! » S’écriait-elle au petit déjeuner. Alors le petit Pierrot rentrait sa tête dans ses épaules et plongeait son regard dans son verre.

Un jour, sa belle-mère cria si fort que Pierrot ne su plus où se mettre. Il fixait le verre de son père en face de lui. Le verre de son père était plein de bulles. Son père buvait beaucoup de bulles de toute sorte. Les bulles montaient joyeusement du bas du verre vers le haut et semblaient lui dire : «ne t’en fais pas ! Rend ton esprit léger comme nous, qui nous élevons vers le haut ! ». Il se mit à la place d'une des bulles du verre et tout devînt léger. Plus de cris, plus de turbulences ! Il commença à discuter avec les autres bulles. C'était un univers léger, tellement loin de tous les tracas de la vie quotidienne qu'il se décida à rester dans l'univers des bulles et c'est ainsi qu'il apprît lui-même à construire des bulles pour se mettre dedans.

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Ainsi quand sa belle–mère se mettait en colère, à table, ou ailleurs, Pierrot rentrait sa tête dans les épaules, ramenait ses jambes contre sa poitrine et se mettait dans une grande bulle au parfum de chèvrefeuille que personne ne voyait sauf lui.

 Il se sentait bien et confortable dans sa bulle. Protégé des cris et des reproches extérieurs, il prit l’habitude de faire de grandes bulles de savon et de s’y cacher. Souvent il était dans sa bulle, et rien ne le touchait. Souvent, il devenait invisible aux yeux de ses proches. Quelquefois il passait dans le salon, tout le monde était occupé. Papa lisait le journal. Belle-maman repassait le linge. Ses frères jouaient. Et lui, passait au milieu du salon sans que personne ne le remarque.

Quelquefois, le petit voisin sonnait à la porte et demandait pour jouer avec lui. La réponse des parents était toujours la même : « oh ! Il ne peut pas te répondre, il est dans sa bulle ! »

Pierrot grandit ainsi et sa bulle avec lui. Il avait compris comment fabriquer des bulles et cela l’amusait beaucoup car il était très bricoleur.

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La famille bulle :

 

Plus grand, il se maria avec une fille-courage, et continua à faire des bulles et à se sentir en sécurité dans ses bulles. Il traversait ainsi la vie, allait au travail, allait chercher des champignons, toujours dans sa bulle.

 

Sa gentille épouse-courage s’appelait Adina. Elle avait souvent une épine dans le pied, mais elle souriait toujours malgré la douleur. Son mari négligeait beaucoup la toiture de la maison et quelquefois une tuile tombait sur la tête d'Adina,  mais elle continuait de sourire.

Ses proches lui demandaient :

-        Mais pourquoi tu souris tout le temps ?

-        Mais parce que c'est important de sourire à la vie ! répondait-elle.

 

Son cœur était si grand, qu'il pouvait envoyer des rayons d'amour vers la bulle de son mari. La bulle se mettait alors à gonfler, puis à tournoyer dans la cuisine , et cela devenait un manège de bulle. C'était beau, C'était rigolo. Mais, souvent, le manège ne s'arrêtait pas de tourner ! alors Adina criait  : "Pierrot, descend de ta bulle! arrête de tourner en rond! viens manger!"

 

Ils eurent deux petites filles-flemme, gentilles et adorables, Branda et Murniati. Adina, leur lisait des histoires le soir. Tous les 4 avaient  si bon cœur !

Pierrot construisit des bulles pour ses enfants, de façon à ce que chacune d'entre elles puisse avoir sa propre bulle et se protéger en se mettant dedans.

Il construisit une grande bulle protectrice autour de la maison. Chacun dans sa bulle, se trouvait bien, en sécurité, et menait une petite vie douce, harmonieuse et pleine d’imaginaire. Pas d'éclat de voix, pas de disputes.

 

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Parfois, il fallait sortir de la grande bulle protectrice de la maison. Alors les deux filles-flemme regardaient le monde extérieur avec leurs grands yeux incrédules et naïfs.

 

La famille bulle adorait se prendre en photo à tous moments. Ils appelaient cela faire des totoportraits. Cela les faisait rire mais personne ne comprenait pourquoi.

 

Savez-vous « danser sa bulle » ?

 

Dans la famille bulle, on adorait « danser sa bulle ». Pour danser sa bulle, on se trémousse sur une musique gaie et rythmée, en frottant sa bulle contre celle des autres. Cela crée des arcs-en-ciel de toutes les couleurs qui s'élèvent dans le ciel et se transforment en feux d’artifices souriants qui éclatent de rire. Parfois, au contraire, on se met très loin les uns des autres, et on saute très haut en se faisant des signes et des grimaces de clown. Vous connaissez ?

Avez-vous essayé de danser votre bulle en famille? Mettez de la musique entraînante. Gesticulez dans tous les sens, et faites des grimaces. Tous en même temps ! Oui ! Oui !

 

Allez! Tout le monde danse!

 

 

 

Vivre dans une bulle peut être embêtant

 

Si vivre dans des bulles peut être amusant, cela peut aussi être très embêtant.

On se sent tellement protégé par notre bulle, que l’on peut aussi s’y sentir prisonnier. Quelquefois les bulles deviennent boudeuses. Et des silences lourds de non-dits s’installent entre les personnes. Les silences se font des clins d’œil à la dérobée. Personne ne le sait. Surtout n’en parlez pas…

 

Mais, plus embêtant encore : si l'on n'y fait pas attention, les parois de certaines bulles deviennent dures comme du verre. La personne dans la bulle, ne s’en rend pas compte, car la bulle restait transparente.

Enfin transparente ! Cela dépend ! Quelquefois, c'est comme les vitres à la maison. On regarde le monde à travers les vitres de notre fenêtre. On le trouve lourd, tâché, sale même. Et puis, un jour, on se rend compte qu’on a juste oublié de nettoyer les vitres ! Et les choses vues de sa fenêtre deviennent plus belles et plus claires.

 Mais d'autres n'ont pas nettoyé leur bulle! Ils n'ont pas nettoyé les vitres des fenêtres de leur maison. quand ils regardent par leur fenêtre, ils voient le monde en gris et en noir. Pareil que le monde qu'on nous montre à la télé! Ils croient que le monde, dehors, est peuplé de « Cacaouis », vous savez, ces fameux canards sauvages de Terre Neuve  qui ont envahis les ondes et le ciel et partout l'on entend des cancanages qui ne s'arrêtent jamais et qui vont jusqu'au bout de la planète.

Il y en a même qui, après quelques années, ont oublié qu’il y a un autre monde en dehors du monde des  bulles…

 

Si les parois des bulles peuvent se salir, elles se colorent aussi. Alors, on voit le monde en couleur. Les choses du monde extérieur apparaissent selon les couleurs de la bulle. Certains, toujours en colère, voient le monde en rouge, les toujours tristes voient le monde en bleu, les optimistes voient tout en vert, les enfants qui pense toute la journée à faire des tours de manège, voient tout en jaune, , d'autres encore qui voient la clarté et la beauté  partout, voient le monde en violet, d’autres qui ne pensent qu'à s'habiller et à se maquiller, le voient en rose, etc... Ils ne voient plus le monde que dans une seule couleur! Pourtant le monde est de toutes les couleurs ! Mais l’enfant ou la grande personne, dans sa bulle colorée, ne le voit pas.

-        « D’où viennent donc ces couleurs sur nos bulles ? »

-        « De vos idées toute faites sur les choses et de vos émotions » ricanent les pies, toujours prêtes à se mêler des affaires des autres.

 

 

  

Vous rappelez-vous des filles-flemmes de Pierrot le faiseur de bulles ? Branda et Murniati ?

 

 

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Branda la plus jeune des filles de Pierrot et Adina, était une aventurière nonchalante, parfois envieuse et jalouse. Son envie et ses rêves avaient imperceptiblement coloré sa bulle de rouge et de marron. Au début, Branda ne s’était rendu compte de rien. Puis les couleurs sont devenues plus fortes. Branda voyait toutes les choses et les personnes en rouge. Puis les couleurs sont devenues plus opaques. Elle voyait de moins en moins bien. Cela ne lui donnait pas envie d’aller plus loin, malgré son esprit aventurier. Ça lui donnait la flemme. Elle n’avait qu’une envie : lézarder sur un canapé en regardant la télé et en sirotant un soda. Elle sentait bien que quelque chose clochait ! Mais quoi ? Elle ne comprenait rien au monde autour. Mais pire encore : elle n’entendait plus quand on l’appelait pour manger, ou faire les courses, ou aider à la cuisine. Elle se sentait comme derrière un écran déformant avec des personnages dehors qui lui faisaient des grimaces.

Elle se mît à réfléchir à comment sortir de sa bulle. Mais très vite, la paresse reprenait le dessus. Elle s’allongeait dans le divan avec un soda, et écoutait de la musique rose bonbon.

 

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Murniati, la deuxième fille, passait son temps, enfermée dans sa chambre, à dessiner des bulles. Sa chambre était devenue la grotte d’un autre monde, où le temps n’existait pas. Murniati était maladroite et toujours à côté des choses de la vie. Si on lui parlait d’un évènement dans la ville, elle répondait en parlant d’une autre ville, ou d’un autre évènement. Sa mère lui disait : « Peux tu tenir ce verre un instant ! », elle laissait tomber le verre en s’écriant : « oh pardon, je l’ai pas fait exprès ! »

Ou sa mère lui demandait  : «  Vas chercher le balai dans la buanderie », et Murniati réapparaissait deux heures plus tard avec un produit vaisselle. En disant : « de quoi ? »

 À force d’être à côté des situations, à côté de la plaque, une vraie plaque en fonte est venue se coller sur son mollet droit. Elle avait beaucoup de mal à marcher, et était toujours en retard, traînant sa plaque à côté d’elle. Du coup elle bougeait le moins possible et dessinait des bulles dans sa chambre-caverne.

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Pierrot se rendait bien compte aussi qu'il y avait un truc qui n'allait pas. Il y avait beaucoup de brouillard, et de pensées qui tournaient en rond à toute vitesse dans sa bulle. Cela faisait des tourbillons et il y voyait de moins en moins. Il est allé voir un oculiste qui lui a dit qu’il ne pouvait rien pour lui. Bientôt, il n’entendit plus que des musiques criardes autour de lui, lui qui aimait le silence des lacs de montagne. Et sa bulle devenait si lourde qu'elle traînait au sol. 

Et puis, il se rendit compte qu'il n'était pas le seul à être dans une bulle. Il y avait plein de gens autour de lui qui s'était construit des bulles. Certains riaient tout seul dans leur automobile et faisaient plusieurs fois le tour de la ville en riant. D'autres avaient collé leur visage sur un écran d'ordinateur et leur visage était devenus plats et carrés avec les yeux qui tournaient dans tous les sens. Des enfants avaient les yeux tellement collés aux écrans de télévision qu'ils s'étaient transformé en méduses de télévision. D'autres adultes et adolescent avaient les oreilles en forme de téléphone portable. Beaucoup parlaient fort, tout seul dans les rues, dans les magasins, dans les bus et les trains, à des personnes imaginaires.

 

C'est pas grave, se disait-il, ça va passer.

Texte original de Papiguy

Illustrations d'Alice Marty

droits réservés n° 20548973



19/10/2016
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