Contes de coeur de Papiguy

Contes de coeur de Papiguy

LES TROIS POMMES

Il y a longtemps vivait dans un village proche de Montpellier, Boniface, un riche marchand, bon, gentil et bienheureux.

Son ami d’enfance, Philibert le sabotier, habitait à l’autre bout du village. Ils s’aimaient beaucoup et s’appréciaient vraiment. Mais les temps étaient difficiles pour le sabotier. Plus personne ne voulait porter de sabots en bois. Ses affaires avaient déclinées,  et il était devenu pauvre comme un caillou. La misère collait à sa porte et l’empêchait de nourrir convenablement ses douze enfants.

Le premier jour de Janvier, l’épouse du sabotier  accoucha d’un nouvel enfant.

C’était trop se lamentait le sabotier, assis sur le pas de sa porte, la tête entre les mains, pleurant de désespoir.

Boniface, le marchand, passait par là et vît son ami le sabotier :

  • Qu’est-ce qui t’arrives Philibert? N’est-ce pas un jour de joie aujourd’hui ?
  • Non, Boniface… gémit le sabotier, je ne peux pas nourrir cette petite fille qui nous arrive, et je m’apprête à abandonner le bébé sur le parvis de l’orphelinat des Sœurs de la Charité de Notre Dame de Bonne-Espérance. Cela me crève le cœur mais je n’ai pas d’autres solutions.
  • Écoutes, Philibert, j’ai trois garçons et je n’ai pas de fille. Si tu veux, ta fille, je l’adopte.
  • Oh ! Merci Boniface ! Que le ciel te bénisse !

 La petite fille fût baptisée Marylou. Elle grandit avec ses trois frères.

Le temps passa comme d’habitude, tellement vite, que personne ne s’en rendit compte. Elle était devenue une jolie jeune fille et les trois garçons de forts beaux jeunes hommes.

Un soir  de mai, assis à l’ombre du grand olivier, sirotant une infusion de tilleul, le père dit à ses fils :

  • Vous aimez notre Marylou ?
  • Évidemment ! quelle question !
  • Sachez, garçons, qu’elle n’est pas vraiment votre sœur.

Et il raconta les circonstances de l’adoption. Une fois ses explications terminées, Le fils cadet s’exclama :

  • C’est une bonne nouvelle, Père, permet-moi de l’épouser !
  • Moi aussi dit le frère en second !
  • Ah ! non ! C’est moi l’aîné, c’est moi qu’elle doit épouser !

Stupéfaits, émus, émerveillés, impatients, fiévreux, impétueux, intenables, parlant tous en même temps,  ils assaillirent le fauteuil de leur père qui tentait en souriant, de les tenir à distance.

  • Holà, du calme, les enfants. Je suis désolé d’avoir allumé un tel feu en vous. Aussi avant que vos cœurs ne s’embrasent, voici ce que je vous propose : allez tous les trois à Paris, la ville magique. En trois jours, trouvez le cadeau que vous jugerez digne d’elle, et ramenez-le chez nous. C’est Marylou qui choisira.

 

Aussitôt dit, aussitôt fait. Les voilà dans Paris aux milles boutiques, sur le parvis de Notre-Dame :

  • « Séparons-nous là, dit l’aîné. Rendez-vous ici dans trois jours. Que la volonté de Dieu soit avec nous. »

Le troisième jour arrive. Notre Dame sonne Midi. Les trois frères se retrouvent sur le parvis. Le plus vieux prend tout de suite la parole.

  • Mes frères, je crois que l’affaire est réglée. Le sort semble bel et bien me désigner comme le futur époux de Marylou. La nuit dernière, j’ai rencontré un vieux cocher à l’agonie sur la banquette de sa voiture. Je lui ai donné de l’eau, et suis resté près de lui pour accompagner ses derniers moments. Il m’a soufflé : « Toi, le prévenant, sera mon héritier. Je te lègue ma voiture. Elle n’est pas très belle mais elle est magique. Tu montes dedans. Et si tu as le cœur ouvert, tu le laisses parler et tu dis : « Ousta, Ousta », et elle te portera en un clin d’œil, là où tu dois aller. Elle est à toi. N’oublies pas que cela doit venir de ton cœur. Adieu et bon vent. »
  • Pas mal, pas mal, dit le deuxième frère. Mais écoutes un peu mon histoire. Hier soir, dans une rue noire, j’ai bousculé un voleur qui venait de cambrioler le grenier d’un grand astrologue. Il m’a grogné : « tu tombes bien. Un télescope pour trois sous, presque neuf, tu fais une affaire. » je l’ai acheté. Le voici. Que le seigneur nous bénisse, les frérots ! La chance est avec nous. Sa valeur est inestimable. Il permet de voir n’importe quoi ici-bas, aussi bien que les étoiles les plus lointaines. Il suffit de le souhaiter.Par exemple, là, je peux apercevoir le visage de Marylou. Oui, oui ! Regardez par vous-même ! Vous voyez ! Je peux voir tout ce que la nature me permet de voir. Regardez ! Elle soupire. Elle se languit  de moi…Ah… Et toi, petit frère, qu’as-tu trouvé ?
  • Moi ? Trois pommes. Je suis désolé mes frères. Vos exploits sont tellement incroyables ! Je vous aime. Pardonnez-moi de n’avoir à vous offrir qu’une aventure bien banale. J’ai rencontré une vieille dame qui avait du mal à marcher. Je l’ai raccompagné chez elle. Ses fils l’avaient abandonnée. Elle était seule, triste et mélancolique. Je lui ai tenu compagnie durant ces trois jours. Ce matin, quand je l’ai quittée, elle a glissé trois pommes dans ma poche, en disant : « Ne les mange pas. Garde-les pour l’heure fatale. Elles guérissent tous les poisons. Elles ramènent à la lumière des vivants même celui ou celle qui a un pied dans la nuit des morts.

Après ces échanges, ils s’en allèrent bras-dessus  bras-dessous, visiter et marcher dans la capitale, curieux et émerveillés. Puis, les brumes du soir assombrirent les quais de la seine. Les jambes étaient lourdes et les pieds en feu. L’aîné dit :

  • Il est temps de rentrer mes frères. Allez ! en voiture ! on y est dans une minute !
  • Attends, dit le second, attends, que je voie si la soupe est prête !

Il met l’œil à sa longue vue, fit « ho », puis « houlala », puis : « catastrophe ! Père et Mère sont dans leur lit. Marylou est couchée par terre. Ils agonisent ! Ils vont mourir !

L’aîné dit « Ousta Ousta »  à sa voiturette. Aussitôt partis, aussitôt arrivés. Le cadet fonce dans la chambre. Une pomme pour Marylou. Une pomme pour Maman. Une pomme pour Papa. Tous reviennent à la vie ! Ils respirent ! Les frères soufflent. Tous rient, s’embrassent, s’étreignent. Allez ! On va dîner. Arrive le dessert, et le père qui dit:

  • « Pour qui Marylou ? »

L’aîné montre fièrement sa voiture magique. Elle est là, triomphante,  au pied du perron.

Le fils en second sort de son sac sa longue vue rutilante qui l’émerveille tant.

Le cadet montre ses poches vides et ouvre ses mains nues en disant « ben moi, je n’ai plus rien. »

 

Marylou saisit les mains du cadet et les baise en disant :

  • « Au meilleur des hommes ! À celui qui a tout donné, sans rien garder pour son salut.  Pas d’objections les frérots ? »

Chacun se tait.

Le conteur aussi.

Faites de trop jolis rêves.

Papiguy

 



01/08/2017
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